Le 23 août, Taoufik Mimouni (claviériste) et Kamel Tenfiche (percussionniste) de l’Orchestre National de Barbès ont accordé quelques minutes à CurioCity, en amont de leur concert au festival Les Folles Escales (Le Creusot). Deux artistes accessibles et bienveillants, comme on les aime. Un échange tout en simplicité.
J’avais, à titre personnel, une question sur le nom de votre groupe. Quand on lit Orchestre National, on pense immédiatement, par exemple, à l’Orchestre National de Jazz. Y a-t-il un lien avec cette appellation ?
Taoufik : Pas du tout. À l’époque, on voulait juste trouver un nom « qui fasse sérieux ».
Kamel : Il existe bien un orchestre de Bruxelles, de jazz effectivement, ou encore de France… alors pourquoi pas de Barbès, finalement ! C’était une idée de Youcef Boukella, pour être tout à fait précis.
Puisqu’on a parlé de jazz… Ayant travaillé dans ce secteur et étant moi-même saxophoniste, j’ai remarqué que vous étiez parfois programmés dans des festivals de ce type. Voyez-vous un lien entre les musiques du monde que vous proposez et cette esthétique ? Peut-être avez-vous même envie, un jour, d’explorer davantage ce style ?
Kamel : Pour être tout à fait honnête, je pense que ce sont surtout les festivals de jazz actuels qui se sont ouverts aux musiques du monde (et pas seulement, d’ailleurs).
Taoufik : C’est vrai. Ceci dit, il y a eu au sein de l’ONB des membres proches du jazz. Je pense par exemple au guitariste Olivier Louvel. Donc oui, pour répondre à votre question, il y a eu un moment où cela se ressentait dans nos arrangements. C’est moins vrai depuis quelque temps.
Kamel : Je me permets de compléter un peu, si tu es d’accord. Il faut savoir que lorsque nous sommes apparus, nous étions des ovnis, et ça a intéressé beaucoup de monde, dont des jazzmen effectivement. On a par exemple côtoyé Frédéric Sicart et bien d’autres. Donc au final, oui, on peut dire que ça a donné cet effet de « grosse tambouille » (rires).
Taoufik : Il y a des gens qui viennent du monde du rock, du reggae, du ska… C’est ça qui fait notre force. Chacun apporte son ingrédient.
Finalement, nous sommes à l’image de Barbès, et plus largement de ce qu’est la société française : un mélange de cultures, de styles et de sensibilités. On a tendance à l’oublier un peu en ce moment, mais c’est une chance. — Kamel Tenfiche
Le groupe est né (comme moi, d’ailleurs) en 1995. J’imagine que l’aventure ne s’arrêtera pas là. Des concerts, oui, sûrement… mais un nouvel album est-il prévu ?
Kamel : Alors tout d’abord, oui, nous fêtons officiellement nos trente ans d’existence cette année. Mais il faut savoir que nous nous connaissons depuis bien plus longtemps (je parle ici de certains membres fondateurs de l’Orchestre). Je dirais depuis le milieu des années 80, voire même avant pour certains, puisqu’ils se connaissaient déjà à Alger.
Taoufik : Ce qu’il faut comprendre, c’est que nous sommes bien plus qu’un orchestre : nous sommes une famille.
Kamel : Concernant un projet d’album, il y a pas mal de chansons qui dorment dans les tiroirs. Nous sommes rentrés en studio il y a plusieurs années, mais nous n’avons jamais terminé les « dernières retouches ». Donc pourquoi pas. On a déjà treize à quinze titres qui pourraient être prêts.
Il faut dire que vous êtes avant tout un groupe de scène.
Taoufik : Tout à fait. Depuis le début, nous sommes un groupe de scène. C’est notre ADN. Finalement, nous avons sorti peu d’albums studio en trente ans, comparé à d’autres groupes.
Kamel : Ça me rappelle une histoire. Il y a quelques années, nous étions programmés dans le off du festival Musiques Métisses d’Angoulême. Nous n’avions même pas de CD à présenter à l’époque, et en l’espace de quelques concerts, nous nous sommes retrouvés propulsés directement dans le « In ». Nous sommes passés de 8 concerts par an à 150. Rien n’a jamais été calculé à l’ONB, et ça fait désormais trente ans que ça dure ! On n’aurait jamais imaginé avoir une telle longévité.
Vous disiez que l’ONB, c’était avant tout une famille. Est-ce qu’elle a évolué au fil des années ?
Kamel : Nous sommes sept de « l’équipe originale » sur les dix membres actuels. C’est pour cela que nous avons toujours la même identité. Ce n’est pas un ersatz.
Puisque vous dites que rien n’a été calculé, si vous n’étiez pas artistes, quel métier auriez-vous choisi ?
Kamel : Alors moi, après le bac, j’ai fait lettres modernes… mais je suis resté six mois (rires). Ensuite, j’ai voulu faire lettres arabes… et je ne suis resté que deux mois (rires). Donc voilà…
Pas vraiment fait pour les études, si je comprends bien.
Kamel : Exactement (rires).
Taoufik : Moi, je serais parti dans l’informatique, personnellement.
Et alors, comment êtes-vous arrivés vers la musique, finalement ?
Kamel : Moi, mes parents ne voulaient tout simplement pas que j’en fasse au départ. Mais il y avait toujours de la musique autour de moi. J’ai dû commencer vers quinze ans, de manière très très amateur, sans prétention. Vous savez, parfois vous êtes guidé sans le vouloir. Je n’ai jamais fait de conservatoire, l’apprentissage est venu plus tard, en travaillant avec des musiciens qui, eux, avaient fait des études classiques. C’est là que tu apprends ce langage, pour communiquer avec eux, tout simplement.
Taoufik : Pour ma part, c’est assez simple. J’étais émerveillé par des artistes comme Jean-Michel Jarre. J’ai trouvé ça magique, les possibilités d’un synthétiseur par rapport à un piano classique. Alors je me suis lancé dans l’apprentissage de cet instrument.
Intéressant ! Merci pour le temps que vous nous avez accordé.
Kamel : Merci à vous, surtout !
Taoufik : Oui, merci !
Crédit photo : Ali Mobarek